Lettre mai 2018



Lettre pédagogique n°16

Chaque mois, cette lettre vous propose une sélection d'articles issus des revues de pédagogie universitaire (en français ou en anglais), de journaux grand public ou de blogs.


Rappel : colloque international ATIU 2 (Apprendre, Transmettre  et Innover à et par l'Université) du 20 au 22 juin 2018

Ce colloque réunira un certains nombre d'enseignants-chercheurs à l'université Paul Valery. Les thèmes retenus pour cette édition sont l’innovation, l’hybridation, les Humanités Numériques, les nouvelles compétences à acquérir pour les étudiants et l’accompagnement des enseignants du supérieur.

L'inscription est gratuite pour les membres de l'UM.


Un point sur : enseignement explicite vs. enseignement par la découverte

S'il paraît évident pour tous les enseignants qu'ils doivent aider les étudiants dans leurs apprentissages, les moyens employés sont parfois très différents. Deux grands types de méthodes se voient régulièrement opposer :

  • l'enseignement explicite, dans lequel l'enseignant détaille de façon la plus claire et la plus complète possible les contenus à enseigner, guide en continu les étudiants et rétroagit fortement avec eux,
  • l'enseignement par la découverte, dans lequel l'enseignant propose aux étudiants de travailler sur des problèmes concrets, en les laissant trouver la solution par eux même. C'est l'approche constructiviste, à laquelle on peut par exemple associer l'approche par problèmes.


Ces deux approches sont elles irréconciliables ? Un premier article (en accès libre) de Kirschner et al. affirmait dès son titre ("Why Minimal Guidance During Instruction Does Not Work: An Analysis of the Failure of Constructivist, Discovery, Problem-Based, Experiential, and Inquiry-Based Teaching") l'échec des méthodes inspirées du constructivisme.

L'approche de ce psychologue de l'éducation est basée sur l'architecture cérébrale et le modèle cognitif du cerveau. Ce modèle, généralement admis aujourd'hui, pose que l'on est performant dans un domaine quand la mémoire à long terme contient beaucoup d'informations sur ce domaine. L'apprentissage devrait donc chercher à modifier cette mémoire à long terme. Un des griefs fait aux méthodes par la découverte par Kirschner est que ces méthodes sollicitent de façon trop importante la mémoire de travail, alors que celle-ci est très limitée en capacité et en durée de rétention des informations. Un autre défaut des méthodes par la découverte selon Kirschner serait de confondre épistémologie (la façon dont des experts réfléchissent dans leur discipline) et la pédagogie (la façon dont un débutant apprend une discipline). Kirschner présente ensuite une revue de la littérature appuyant sa thèse d'une moindre efficacité de l'enseignement par la la découverte.


Cet article, très cité depuis (1633 citations), a suscité plusieurs réponses immédiates, dont celle de Hmelo-Silver et al. (accès payant). Ces auteurs contestent la position de Kirschner et al. sur deux points :

  • ils placeraient l'approche par problème (APP) et l'enseignement par al découverte dans la catégorie des méthodes faiblement guidées, alors que ces méthodes utilisent selon eux, ponctuellement, l'enseignement explicite.
  • leur bibliographie négligerait des publications plus favorables à l'enseignement de type constructiviste.


La réponse de Kirschner aux commentaires de Hmelo-Silver (accès payant) esquisse un rapprochement entre les deux points de vue. Kirschner reconnaît que certaines approches constructivistes comme l'APP ont incorporé des phases d'enseignement explicite, même s'il pointe que cet apport n'est intervenu que lorsque l'échec du guidage minimal a été patent. Il conteste les références citées par Hmelo-Silver et al., favorables aux approches par la découverte, mettant en exergue leurs lacunes méthodologiques (plusieurs facteurs diffèrent dans les études comparatives entre les deux types d'approches). 


Ces articles sont toujours d'actualité (nombre de citations croissantes), certainement en raison de la volonté d'un grand nombre de gouvernements de promouvoir l'approche par compétences, ce qui est en particulier prôné dans le processus de Bologne. Or, l'approche par compétence conduit assez naturellement vers les approches par la découverte et il importe donc de connaître les avantages et les inconvénients de ce type d'approche.

Le récent rapport de l'UNESCO sur "recherche et prospective en éducation" est clairement axé sur les moyens pour "préparer les apprenants aux compétences et aux aptitudes du XXIe siècle". Il porte, sans nuance, une injonction à l'innovation (numérique en particulier), comme si l'éducation au XXI siècle demandait un changement complet de paradigme par rapport à l'existant. Cependant, Diane Ravidtch, historienne de l'éducation,  notait  en 2010 (accès gratuit) que la même injonction à innover se retrouvait déjà au début du XX siecle, pratiquement dans les mêmes termes. Ce sont, entre autres, ces injonctions qui ont donné naissance aux approches constructivistes qui, au moins en France, ont modelé le paysage éducatif à la fin du siècle dernier. Les travaux de recherche en sciences de l'éducation comparant ces deux approches permettent à présent de jauger ces deux approches avec plus de recul.


Articles

  • Le coût de la réussite en premier cycle : dans cet article paru dans "The Conversation", Aurélien Lamy, maître de conférence en sciences de gestion à Caen, compare les coûts d'un étudiant dans différentes formations du premier cycle. En calculant un coût par année réussie, il montre que les formations en lycée (BTS et CPGE) sont plus coûteuses que les formations universitaires (DUT et licences).
  • Améliorer la motivation des étudiants en variant ses méthodes d'enseignement : trois chercheurs de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM ont mené une étude sur l'influence de la diversification des méthodes pédagogiques employées sur la motivation des étudiants. S'ils concluent sur une influence bénéfique de cette diversité, ils pointent également la nécessité de former les enseignants à un panel plus large de méthodes de façon à soutenir la motivation et donc la réussite des étudiants.
Modifié le: mardi 22 mai 2018, 16:48